Histoire, Culture et Population
Intégrer une société multiculturelle
La Guyane française se distingue par une grande diversité unique au monde, visible dans les langues, les traditions, les pratiques culturelles et la vie quotidienne de ses habitants avec pas moins de 25 groupes ethniques différents.
Cette pluralité nourrit la richesse sociale du territoire et participe à son dynamisme culturel et associatif.
Les Amérindiens
Tout premiers habitants de Guyane, les Amérindiens sont environ 10 000 et se décomposent en six ethnies :
- les Kali’nas et les Arawaks vivant sur le littoral guyanais
- les Wayanas, les Emerillons et Wayampis demeurant dans le sud
- les Palikurs habitant à l’est et sur le littoral dans les communes de Matoury et Macouria
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Attachés à leurs coutumes et traditions ancestrales, les Amérindiens vivent au sein de communautés villageoises, sous la protection du chef coutumier et du chamane. Afin de préserver ceux vivant dans l’intérieur des terres guyanaise, une zone géographique dont l’accès est réglementé a été instaurée au début des années 70 au sud de la Guyane.
Bien que menant une vie communautaire, les Amérindiens font partie intégrante de la société guyanaise. Tous les ans, la Collectivité Territoriale de Guyane (CTG) organise par exemple à Cayenne la Journée des Peuples Autochtones, occasion pour l’ensemble des Guyanais de se délecter de l’artisanat amérindien (bijoux, vêtements et objets traditionnels, poteries …). Deux fois dans l’année, les habitants d’Awala-Yalimapo invitent tous les Guyanais motivés à participer à des fêtes traditionnelles : la journée du Kasilipo (plat traditionnel améridien à base de manioc) et les jeux Kali’na (épreuves sportives et culturelles issues des pratiques traditionnelles amérindiennes telles que le grimper de cocotier, le tir à l’arc ou la glisse sur vase).
Les Bushinengues
Le terme « bushinengue » vient du terme « bush negros », littéralement « nègre des bois ».
Cette communauté guyanaise est désignée ainsi, car ce sont les descendants directs des esclaves ayant fui leurs conditions pour se réfugier dans la forêt amazonienne, utilisant les fleuves de Guyane pour accéder à l’intérieur des terres.
Les principales ethnies bushinengues de Guyane sont :
- les Alukus, les Saramaracas, les Paramacas et les Djukas
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Imprégnés de leurs racines africaines tant dans leurs traditions que dans leur culture, les bushinengués vivent principalement le long du fleuve Maroni et du Tapanahony, principal affluent du Maroni au Suriname (Ouest de la Guyane).
Tous les ans, le 10 octobre, le quartier de la Charbonière de Saint-Laurent du Maroni est en fête le temps d’un week-end pour commémorer la lutte des noirs marrons contre l’esclavage. Marquée par le Doo Udu (rituel effectué à bord des pirogues), les femmes profitent de cette occasion pour exposer l’art bushinengué (sculpture et peinture sur bois de Guyane).
Les Créoles
Les Créoles représentent une communauté importante de la population guyanaise. Ils sont également des descendants d’esclaves, nés sur le sol guyanais. On peut dire que l’esclavagisme est le fondement de la culture créole puisque cette période historique a permis la destruction puis la reconstruction d’une nouvelle culture qui tire sa source du lien euro-africain.
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Bien que dispersée dans la Guyane, la population créole est principalement localisée sur le littoral (île de Cayenne, Kourou, Saint-Laurent du Maroni et Mana). Pratiqués par les autres communautés, elle est à l’origine de l’expansion de la langue créole sur l’ensemble du territoire guyanais. Marqué par l’apport des langues africaines (concernant les structures grammaticales) et amérindiennes (vocabulaire concernant la faune et la flore), le créole guyanais est très différent du créole antillais.
Le rendez-vous annuel immanquable pour les créoles guyanais est le Carnaval, qui se déroule entre l’2piphanie (premier dimanche de janvier) et le mercredi des Cendres (février ou mars).
Les Asiatiques
Au XIXe et au XXe siècle, la Guyane est marquée par deux vagues d’immigration chinoise en provenance de Chine du Sud, de l’arrière-pays de Honk-Kong et de la région de Canton.
La population chinoise va notamment prospérer dans le commerce de proximité, avec l’ouverture de nombreux libres-services.
Ce fait étant toujours d’actualité, les Guyanais ont l’habitude de dire qu’ils vont « chez le chinois » lorsqu’ils se rendent dans une épicerie, sans aucune connotation péjorative.
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Dans les années 1950, afin de développer la riziculture, la Guyane accueille un contingent d’immigrés javanais.
Enfin, à la fin des années 1970, la Guyane accueille des réfugiés politiques appartenant à la communauté Hmong, peuple montagnard originaire du sud de la Chine, du nord du Vietnam et du Nord du Laos.
Ces derniers on fui la répression communiste dont ils ont été victimes à la fin de la guerre d’Indochine. Accueillis par la France, certains sont orientés vers la Guyane et répartis dans deux villages qu’ils ont eux-mêmes construits : Cacao et Javouhey.
Dans les annés 90, Rococoua et Corrossony viennent compléter le panel guyanais des bourgades édifiées par cette communauté asiatique. Pour la plupart agriculteurs, les Hmongs sont les premiers producteurs de fruits et légumes du département.
Rendez-vous dominicaux prisés de toutes les communautés guyanaises, les marchés de Cacao et Javouhey sont des lieux de passages obligatoires lorsqu’on vit en Guyane. Après vous être ravitaillés en fruits, légumes et articles d’artisanat hmong, vous serez heureux de vous attabler pour déguster un plat aux douces saveurs asiatiques : soupes, nems, bamis, nasis… Il y en a pour tous les goûts !
Des évènements annuels rythment également la vie guyanaise tels que le nouvel an Hmong pendant lequel la communauté arbore ses plus belles tenues traditionnelles, ou la fête du ramboutan (« litchi chevelu » dont on fête la cueillette).
Guyane : Histoire, culture et population
Histoire, culture et population
Je m’appelle Damien Davi. Je suis anthropologue au CNRS, au laboratoire LAEISA, et je travaille depuis une vingtaine d’années en Guyane.
La Guyane est un territoire particulier. C’est le seul département d’outre-mer où vivent des peuples dits autochtones au sens des Nations unies, c’est-à-dire des populations présentes sur le territoire avant l’arrivée de Christophe Colomb sur le continent américain.
Les premières populations sont donc les Amérindiens, reconnus comme peuples autochtones. Par la suite, différentes populations européennes sont arrivées. Aujourd’hui, les populations européennes les plus représentées en Guyane proviennent principalement de France métropolitaine.
Dans la chronologie de l’histoire, des populations africaines sont également arrivées. Certaines ont donné naissance aux populations dites créoles, héritières de la culture française et chrétienne. D’autres populations africaines, appelées Marrons, ont fui les plantations. Ces groupes ont une origine commune, le continent africain, et sont issus de l’histoire de l’esclavage, même si leurs trajectoires culturelles et sociales ont divergé.
Les populations marronnes, notamment les Bushinengués, côtoient les Amérindiens depuis plus d’un siècle et demi. Les Amérindiens ont contribué à leur survie en forêt, ce qui a créé des relations fortes, encore présentes aujourd’hui. Malgré des désaccords politiques ou des alliances variables avec le monde occidental, il existe une réelle volonté d’avancer ensemble.
Les parents souhaitent que leurs enfants aillent à l’école, qu’ils apprennent le français et les mathématiques. Ils sont conscients de l’importance des diplômes et de l’accès à l’emploi. Certains jeunes deviennent aujourd’hui infirmiers, enseignants, boulangers ou exercent d’autres métiers, parfois au sein même de leur communauté.
L’école joue un rôle essentiel : celui de la rencontre entre les groupes, autrefois en marge du système colonial et de la départementalisation. Elle participe à la construction d’une société guyanaise multiple, qui inclut également d’autres populations venues d’ailleurs, comme les Haïtiens, les Brésiliens ou encore les Hmong, chacun avec sa propre histoire.
On parle souvent de la Guyane comme d’une « mosaïque culturelle ». Ce terme peut être trompeur, car il donne l’impression d’une simple juxtaposition de populations. Ce qui est réellement intéressant, ce sont les interactions quotidiennes, les échanges et les relations qui se construisent entre les groupes.
La jeunesse guyanaise fait face à de nombreux défis, mais la Guyane est aussi un territoire dynamique, riche en opportunités. Contrairement à d’autres départements d’outre-mer, la population n’y est pas vieillissante.
Il existe de nombreux enjeux, notamment celui du respect des peuples, de leurs cultures et de leurs différences, ainsi que de la reconnaissance d’une histoire parfois difficile. Aujourd’hui, ces populations prennent la parole dans l’espace politique et médiatique pour affirmer leur place et rappeler que l’avenir de la Guyane doit se construire avec elles.
Tous les vingt ans, la population guyanaise double. Actuellement, environ 63 % de la population vivant en Guyane n’y est pas née. Cela peut donner le sentiment d’une situation inédite. Pourtant, lorsqu’on observe l’histoire longue de l’humanité, les migrations et les mouvements de population apparaissent comme un phénomène constant et universel.
"Quand tu es à Rome, fais comme les Romains ..."
« Il y a ce professeur d'anglais qui nous disait souvent : "quand tu es à Rome, fais comme les Romains". Il est important de savoir faire preuve d'empathie, d'être avec les habitants du territoire dans laquelle on arrive. J'adore me balader dans les rues de Saint-Laurent du Maroni et dans les sections rurales de l'Ouest pour observer et éventuellement partager la vie au quotidien. Je n'hésite jamais à engager le dialogue lorsque quelque chose m'intéresse. J'espère vraiment que la richesse linguistique de la Guyane perdurera : les langues locales tels que le Kali'na, le Bushitongo ou le Créole sont, à des degrés divers, des langues vivantes, et pour une majorité d'habitants des langues maternelles. Je me suis mis à l'apprentissage depuis mon arrivée. »